A 5h du matin, l'appel à la prière de la mosquée du coin me réveille en sursaut... La ville s'anime déjà... Après avoir trénaillé dans mon lit, je descends prendre mon petit déj au rez-de-chaussé.
10h sonne lorsque je rejoins Hashim et Hasina pour une nouvelle journée de vélo. Au programme visite du nord de Mandalay et escale dans leur petit village. Avant de prendre la route, je m'arrête dans un petite boutique internet pour envoyer mes derniers posts : j ai de la chance, la connection est bonne !
Puis nous nous dirigeons vers une boutique de photos où mes chauffeurs souhaitent imprimer, à partir de ma carte, celles que j'ai prises d'eux la veille. Ne possédant pas d'appareil, ils sont ravis de pouvoir se créer un album de notre ballade sur le pont d'U-Bein. Coût : 1100 kyats - soit un peu moins d'un euros - pour 12 photos. Un petit luxe pour eux, une pacotille pour moi...
Nous partons vers le nord, à la découverte des pagodes que je n'ai pas encore eu l'occasion de visiter... J'ai parfois l'impression qu'elles se ressemblent toutes, pas de véritable beauté dans l'architecture mais beaucoup de vie autour de ces temples. Si Sempé visitait le Myanmar, il nous ferait de super dessins ! Petits moineaux venant se poser sur le bout du nez d'un immense bouddha, touristes photographiant à tout va – je m'y inclus malheureusement... - myanmars priant, enfants courant de toute part et sollicitant les étrangers pour être pris en photo et se regarder ensuite sur l écran...
A dire vrai, je ne suis pas très sensible à la beauté de ce pays : en cette saison, les feuilles des arbres sont chargées de poussière comme l'air ambiant, les déchets trainent un peu partout, les routes sont totalement défoncées, les transports en commun compliqués et la pauvreté de la population est flagrante... Pourtant, grace aux personnes que je rencontre, je découvre le charme de ce pays lointain... Accueillants, souriants, charmants, ces gens me font aimer ce voyage.
Le must de ma journée : mon après midi auprès d'Hashim et Hassina dans leur petite maison de bambou. Invitée à partager leur repas, je mets un pied dans la vie birmane. Pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de matelas – un luxe qu'ils n'ont absolument pas les moyens de se payer. Cette maison est une pièce unique d'environ 9 mètres carrés dans laquelle ils mangent et dorment. Pour se protéger du voyeurisme de ses voisins, Hassina colmate les trous de son mur de bambou tressé en y collant tout ce qui lui passe sous la main : publicité, petite boite en carton, feuilles de journal ou de calendrier.
Ils ne possèdent que deux ''meubles'' : une première étagère sur laquelle ils entreposent leurs ustensiles de cuisine ; une seconde, qu'ils viennent de s'offrir pour ranger leurs vêtements... Les parfums et autres produits cosmétiques offerts par les clients de Hashim sont entreposés dans de vieilles boites en plastiques recyclées à même le sol. Une collection de cadeaux qu'ils sont particulièrement fiers de me présenter : échantillon de parfum, lipstic, brosses à dent, produit anti-moustique cinq-cinq, désinfectant, écran solair nivéa, quelques chemises de clients américains...
Le repas promet d'être bon, les effluves qui émanent des casseroles d'Hashina viennent titiller mon appétit. En attendant que les plats soient prêts, ils se succèdent au puits situé juste à côté de leur maison pour se doucher. Sans salle de bain, c'est autour de ces points d'eau qu'hommes et femmes font leur toilette et lavent leur linge.
Au cours du repas, nous évoquons le coût de la vie à Mandalay, leurs dépenses quotidiennes et leur perception de l'avenir. Le loyer de leur ancienne habitation étant trop cher, ils ont emménagé ici six mois auparavant, une location qui leur coûte 10000 kyats par mois.
La mère d'Hassina malade, le salaire de cette jeune enseignante – 35 000 kyats par mois – part dans les frais médicaux... Hashim, pour sa part, loue son vélo 500 kyats tous les jours en espérant rencontrer quelques clients qu'il a beaucoup de mal à trouver... Ce n'est pas avec les myanmars qu'il peut faire son argent, et les étrangers préférent les motos et taxi au trishaw...
Mariés depuis un an et demi, ils souhaiteraient avoir des enfants assez rapidement, mais la conjoncture ne s'y prête pas. L'éducation revient à cher... l'école n'est pas obligatoire et seuls les parents qui peuvent payer 1000 Kyats par jours y envoient leurs enfants...
Les heures passent et je ne m'ennuie pas. Je passe une superbe après-midi jusqu'à ce qu'Assina s'absente quelques minutes pour aller chercher auprès de sa propriétaire l'adresse à laquelle je souhaite lui envoyer quelques photos ou cartes postales... Profitant de son départ, Hashim tente sa chance, cherche à m'embrasser et se prend un rateau... Sur cet entrefait, Assina arrive et bien que nous ayons essayé de reprendre une conversation normale, elle perçoit tout de suite le malaise et commence à faire une scène de ménage à son mari... Aïe ! Prétextant l'heure tardive, je leur demande de me raccompagner à mon hotel... Durant le trajet, mon conducteur qui se fait engueuler, me demande de dire à sa femme qu'il ne m'a pas embrassée... Quelle embrouille... Ne souhaitant pas jeter de l'huile sur le feu, j'accepte... Je n ai pas dû être super convaincante... elle poursuit ses réprimandes tout en pédalant... Je ne savais plus ou me mettre !
J'observe le paysage, mais c'est beaucoup moins agréable que quelques plus heures plus tôt, lorsque nous nous promenions avec un écouteur dans les oreilles pour faire découvrir Bashung, Gainsbourg et Aretha Franklin à Hashim et à Assina à qui je laissais mon MP3 durant mes visites des pagodes...
Arrivée à l'hotel et sans trop demander mon reste, je paye et monte vite fait bien fait dans ma chambre... Un peu perturbée par l'anecdote ! :-) Quand Gilles rentre de sa journée du côté du pont d'U-Bein – où, je suis jalouse, il a pris de plus belles photos que moi avec un compact ! - je lui conte l'incident et on se paye une bonne tranche de rigolade ! Ça reste néanmoins plus drôle à raconter ! ;-)
Voilou pour ma journée, je me lève demain matin à 6h pour prendre le bus en direction de Bagan.
J'en ai pour 7 à 8h de route, heureusement, une personne de l'hotel m'attend à l'arrivée !