La première quitte son boulot, la seconde termine ses études de psychologie, plus ou pas encore d'appartement, ni voiture, ni autres charges, SDF de luxe, c'est le moment pour s'envoler ! Gaëlle, la fille, part dès janvier sur Bangkok, mi-février elle est rejointe en Birmanie par Evelyne, sa mere. Ensemble, elles traverserons le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, l'Indonésie, la Chine, puis avec le transibérien la Mongolie et la Russie. La France, Normandie pour l'une, Paris pour l'autre devrait être retrouvée fin juillet. Au cours de ce voyage, amies et famille les rejoindrons pour partager un bout de chemin et caqueter avec Félicie, la mascotte du voyage ; 5 mois pour l'une, 6 pour l'autre, des découvertes, des rencontres : une belle aventure mère-fille and co.

2505 – 2605 : Sur les rails pour Hang Zhou

Mercredi 25 mai

Après huit jours de séjour à Hong Kong, il nous faut nous remettre en route : la sensation est bizarre, un peu stressante. Nous aimions bien notre petite guesthouse et nos deux interlocutrices de la réception ont toujours été merveilleusement présentes et efficaces. Nous prenons le métro pour Shenzhen et allons donc passer la frontière. Formalités classiques d'entrée sur un territoire, nous espérons juste que notre visa n'est pas en toc... Non ça passe, nous sommes en Chine ! Déjeuner rapide dans un self chinois au premier étage de la gare, on s'installe dans la salle d'attente, nous avons plus de deux heures d'avance, notre train part à 15:40. Le principe est le même que dans un aéroport : les bagages sont passés un à un au scanner, les billets vérifiés, on attend dans une grande salle sous le panneau récapitulant en chinois et en anglais les infos de notre train. Environ 40 minutes avant le départ, des portillons s'ouvrent et on descend sur les quais pour accéder au train. On nous avait conseillé de réserver les couchettes du milieu, celles du bas sont utilisées par les différents voyageurs pour s'asseoir, celles du haut sont proches des haut-parleurs et l'espace y est plus réduit. Une jeune chinoise trentenaire, couchée au-dessus de nous, parle anglais ; elle vit à Shanghai et nous donne ses bonnes adresses de restaurant ; de plus elle écrit dans sa langue l'adresse de notre guest à l'attention du taxi. Il y a une voiture-restaurant contigüe à la nôtre mais c'est à une marchande ambulante que nous achetons notre dîner, très correct au demeurant. Le lit est confortable, la couette chaude, les draps propres et avec des bouchons d'oreilles pour éviter d'entendre les ronflements des autres, on dort très bien ! 


Jeudi 26 mai
Nous arrivons à Hang Zhou à 08 heures ; au sortir de la gare, nous sommes un peu déboussolées, une immense place un rien soviétique s'étend devant nous, nous partons en quête d'un taxi ; les premiers interrogés, avec notre adresse traduite, refusent de mettre le compteur et réclament 100 yuans/10.90€ pour le trajet ; une dame chinoise anglophone débloque la situation : elle va dans notre direction et propose de partager le taxi. Une heure de trajet agréable en sa compagnie, adresses échangées, nous payons 50 yuans notre quotepart du trajet.
On découvre la Hang Zhou 4Eyes guesthouse réservée par un email qui n'a pas été reçu. Heureusement, il y a une double pour nous, on grimpe, on grimpe jusqu'à la chambre du haut et plus on monte plus on s'interroge sur notre capacité à affronter les milliers de marches qui nous attendent le surlendemain. Dans l'immédiat, notre chambre est craquante, lumineuse, télévision, salle de bain, terrasse sans vis à vis, de jolies couleurs... On est ravies de se jeter sous la douche puis sur le lit, mais on est aussi accablées : Internet est accessible en Chine, mais pas de Picassa, pas de Facebook et pas de BLOG, il va nous falloir trouver une alternative ! Allo Tatie Valou, tu veux bien faire le lien ?!
En début d'après-midi, il est temps de faire notre travail de touristes : nous sommes à 20 minutes du lac à pied, pas de difficulté pour trouver, c'est tout droit ! On monte au sommet de la Pagode Leifeng pour contempler le lac mais le point de vue nous déçoit. On s'attendait à autre chose vu les commentaires du lonely ! « merveilleux lac de l'ouest étendue miroitante au milieu de vallons verdoyants... avec ses rives bordées de saules ses pagodes et ses collines nimbées de brume, il ressemble à une peinture chinoise classique... C'est un enchantement que de l'explorer à pied ou à vélo...»
On poursuit notre ballade vers la rue de la culture historique Qinghefang, une rue piétonnière bruyante et animée bordée de maisons de thé et de souvenirs ; nous y sommes accueillies par la sculpture dorée d'un bouddha grassouillet hilare recouvert d'enfants ; on découvre par hasard le musée de médecine chinoise Huquing Yutang dans une belle maison chinoise typique et la manipulation artisanale depuis des générations de coton pour rembourrer les couettes. Mais à ces rares exceptions près, ce quartier est éminemment touristique et il ne nous séduit pas beaucoup. Préoccupées par la suite de notre voyage, nous ne sommes pas vraiment disponibles pour découvrir Hang Zhou et l'on se fatigue vite.
Nous rentrons en longeant le lac devant lequel de jeunes mariés viennent prendre des poses kitch pour leur album photo. Le retour nous paraît long, on envie les nombreux motocyclistes avec leur véhicule électrique. De retour à la guest, on se contentera d'une salade de fruits en guise de diner, cinq jeunes chatons joueurs nous tiennent compagnie. Dans notre chambre, nous découvrons que les 50 chaînes de télévision sont toutes en chinois : tant pis, on se rabat sur l'un des films de notre ordinateur !

1805 au 2405 : Hong-Kong, bridées par les chinois !

Mardi 17 mai
Quel plaisir de débarquer à Hong Kong ! Les formalités d'entrée sont la simplicité même : un coup de tampon sur le passeport et l'accès de l'île nous est offert. A l'office du tourisme de l'aéroport, un charmant jeune homme nous remet une carte de la ville et nous indique, dans un parfait anglais, le bus pour Nathan road et le chemin à suivre pour aller, demain, faire notre demande de visa chinois au «China ressources building».
Le bus A21 nous dépose dans Kowloon, on grimpe au 12ème étage du Mirador pour découvrir la Cosmic guesthouse réservée via Internet, au vu du lonely planet. Quand on ouvre la porte de notre chambre, on s'étrangle, Maman étouffe : la chambre fait environ 7m2, une minuscule salle d'eau d'1m2, les bagages posés on ne circule plus : c'est sûr on ne tiendra pas trois jours dans cette cage, il faut pouvoir changer de chambre ! Avec mon plus beau sourire, je vais négocier ce changement, on va l'obtenir dès demain.

Mercredi 18 Mai
Nous prenons le star ferry pour aller à Wan Chai, sur l'île de Hong Kong ; le ferry est une véritable institution chère au cœur des habitants. Pour 2,5$hk/0,22€ on traverse le port en dix minutes, les rotations sont continues.
Au service des visas, on remplit le dossier ad hoc sans difficulté mais lorsque le préposé s'aperçoit que nous sommes françaises, il rajoute une liste de documents à fournir :
1. l'itinéraire imprimé en anglais précisant la durée des séjours dans chaque ville
2. la copie des réservations d'hôtels en Chine
3. le billet d'avion de sortie du territoire
4. le justificatif d'assurance du voyage
On sent que ça va être aussi compliqué qu'annoncé, être à Hong Kong ne rend pas la tâche plus aisée : nous n'avons qu'une réservation d'hôtel pour Pékin, pas de billets de sortie de Chine, ni de contact chinois pour nous héberger ! On décide d'imprimer les documents à disposition mais peu de cafés internet dans les rues, tout est en wifi et les imprimantes sont difficiles à trouver. C'est un hôtel de luxe qui va nous dépanner, il nous ouvre les portes du bureau réservé aux hommes d'affaires. Confortablement installées, nous imprimons itinéraire, assurances, relevés bancaires et mails de réservation d'hôtel. Le service des visas est fermé entre midi et deux heures, il nous faut patienter deux heures. Les restaurants sont cachés dans les étages des rues du quartier, mauvaise pioche pour celui que l'on choisit !
On revient déposer notre dossier, la préposée revêche qui analyse nos papiers y met beaucoup de zèle, réclame les documents exigés et finit par rejeter notre demande. Elle nous confirme qu'effectivement seuls les français 'bénéficient' de ce traitement. Déprimées, on rentre sur Kowloon et c'est la réceptionniste de notre guesthouse qui nous redonne le sourire : elle nous a transféré dans une petite chambre avec deux lits sous lesquels nous pouvons glisser nos sacs mais surtout elle nous confirme pouvoir obtenir un visa moyennant 550$hk/49€, il faudra quatre jours hors week-end ; dans les mesures de rétorsion à l'encontre des français, l'obtention expresse sous 1, 2 ou 3 jours est refusée. En fait une agence de voyage va joindre à notre demande des billets d'avion et des réservations d'hôtels... bidons ! C'est simple et tout le monde est content, les consignes sont respectées, c'est un business comme un autre. Nous n'avons plus qu'à attendre et découvrir Hong Kong !

Jeudi 19 Mai
Fou, notre ami Malaisien rencontré à Sulawesi, nous retrouve à l'hôtel. Son congrès de médecins anesthésistes est terminé, il s'y est ennuyé mais il a aura revu des copains ce qui le satisfait. Connaissant Hong Kong pour y être venu plusieurs fois, il nous emmène au Victoria Peak garden ; un de ses collègues néo-zélandais nous rejoint au funiculaire, le Peak tram. La vue sur la ville est superbe bien qu'un peu embrumée ; nous faisons la balade tranquille de deux heures autour du pic. 
Pour nous remercier d'avoir ramené, dans nos bagages, le coutelas qu'il s'était acheté à Rantepao, Fou nous invite au Yung Kee le restaurant cantonnais le plus couru de Central, une étoile au Michelin, l'oie rôtie est sa spécialité : lui et maman se régalent, mon poulet servi froid me déçoit. On digère tranquillement avant de poursuivre en fin d'après-midi nos déambulations dans le « ladies market ». Notre ami est à la recherche d'un sac, il en achètera deux, on l'aide tant bien que mal, nos goûts divergent un peu ! Nos chemins se séparent en fin de soirée, Fou rentre en Nouvelle Zélande, nous rentrons à pied.

Vendredi 20 Mai
On reste dans notre quartier de Kowloon ; la veille nous avons repéré un restaurant de 'dim sum', des spécialités cantonnaises cuites à la vapeur : bon mais un peu cher pour notre budget ! Maman se fait couper les cheveux, elle a été attirée par un prix d'appel de 90$hk/8€. Assise sur le fauteuil, on lui dit que pour ce prix-là le coiffeur est un apprenti ! On lui propose quatre types de l'apprenti au directeur ! L'option N°2 'professionnel' à 120$hk/11€ s'avère satisfaisante ! 
On passe l'après-midi au Hong Kong Museum of History : un superbe musée agréable, pédagogique, des vidéos courtes en anglais, de jolies mises en scènes, un bel espace qui illustre intelligemment le passé de Hong Kong de la préhistoire à la rétrocession ; et qui plus est, un coût d'entrée dérisoire (10$hk/0,90€). Nous n'avons pas le courage de poursuivre avec la visite du tout nouveau Musée des sciences situé en face, sur le même parvis.

Samedi 21 Mai
Pour sortir du tumulte urbain et trouver un peu de nature, nous voulions visiter l'ile de Lamma mais on se trompe de ferry ! On décide de rester faire du shopping sur Hong Kong et d'affronter la foule : on doit me trouver veste et chaussures de rando ! Aux dires du lonely planet, Giga sports est un magasin 'gigantesque' dans le Pacific Place... Oui peut être avec un regard de lilliputien car il est plutôt riquiqui. Comme on ne trouve pas ce que l'on cherche, on part en quête de la seconde proposition de notre guide, le Sunmark Camping Equipment : il n'existe plus ! Bien que publié en 2011, les infos ont été acquises deux ans plus tôt et les choses bougent vite surtout dans le sport ! On abandonne et on décide de faire dans le spirituel, on va aller visiter le Man Mo Temple ; pour y accéder, on emprunte le tram, un charmant vestige britannique, bon marché (2$hk/0,17€). Il nous dépose au western market, un beau bâtiment de 1906, nous transitons par Hollywood road célèbre pour ses magasins d'antiquités. Chemin faisant, on trouve un magasin de chaussures dégriffées, je suis enfin chaussée pour les randonnées à venir ! Le Man Mo Temple est l'un des plus anciens de la ville (1847) vénéré par les policiers et les membres des triades ; rien de bien enthousiasmant. Des trombes d'eau s'abattent sur la ville, on patiente et on finit par reprendre notre ferry pour Kowloon en essayant de passer entre les gouttes.

Dimanche 22 mai
Au réveil ce matin, un orage éclate et nous contraint à garder la chambre jusque 13h30 : on observe de notre fenêtre, 12 étages plus bas le ballet des parapluies. Heureusement nous avons la télévision et Star movies, une chaine américaine qui diffuse des films sans interruption publicitaire ! La faim nous fait sortir de notre antre, on se dirige vers le Harbour City, immense et célèbre : heureusement on n'y vend que du Dior et du Chanel, des vêtements bien peu pratiques, on ne dépense rien ! Aussi quitte à faire les magasins autant aller vers ceux qui nous intéressent. Nous avons besoin d'un disque dur externe pour sauvegarder les photos de notre ordinateur et de cartes mémoires complémentaires pour nos appareils photos. Au Mong Kok Computer Center, on achète 405$hk/37€ un disque dur externe de 500 gigas et 95$hk/8,5€ une carte mémoire Sandisk de 8 gigas. On poursuit notre ballade pour le seul plaisir des yeux vers le marché aux poissons (d'aquarium) où les petites tortues nous fascinent, puis vers le marché aux fleurs avant de déboucher sur celui des oiseaux où l'on a bien évidemment envie de chantonner « ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux... ». Curieusement, nous n'avons pas la même compassion pour les criquets entassés par centaines dans des sacs percés de trous et qui vont servir de repas aux petits volatiles. La nuit tombe ; sur le chemin du retour, un manteau vert pomme nous tombe dessus : je suis parée pour affronter la suite de ce voyage ! On dîne de quelques 'dumplings' dans un petit self local puis nous rentrons reposer nos pauvres pieds devant un bon (?) petit film américain.

Lundi 23 mai
Ce matin, culture ! Nous visitons, le Hong Kong Museum of art : déambulation devant les peintures traditionnelles à l'encre de grands maitres dont les noms nous demeurent inconnus, l'étage suivant présente des poteries et des céramiques qui font la renommée de la Chine ; de jeunes écoliers, papier et crayons en main, sont allongés sur le sol et dessinent le vase, l'assiette ou la statuette qu'ils préfèrent. On découvre dans une autre salle Ha Bik-Chuen, un artiste contemporain, né en 1925, qui travaille à partir d'objets usagés : Maman et moi apprécions beaucoup ses œuvres. Après avoir piétiné quelques heures, notre estomac réclame sa ration et nous découvrons avec plaisir les 'dim sum' du restaurant de Mrs Wing, au Food Paradise du centre commercial Sogo. Rassasiées, nous poursuivons notre journée en allant jusqu'à la station Hung Hom pour acheter nos billets de train pour Hang Zhou. Un comptoir des chemins de fer chinois vend les billets pour la Chine, pas de place pour le lendemain, nous prendrons le train mercredi. Au moment de payer, l'employée nous explique que le prix est majoré. On a quelques difficultés à comprendre et ce d'autant que l'on va payer en $hk un billet affiché en yuans. Ce n'est qu'une fois rentrées à la guesthouse que l'on comprendra avoir payé l'équivalent de 100€ deux billets affichés 80€ ! Embrouille ou pas, nous trouvons la différence conséquente !
Nous maintenons notre souhait de renvoyer un colis en France pour alléger notre sac de voyage ; nous n'avions pu le faire depuis Kuala Lumpur, nous trouvons à la poste tout le nécessaire pour envoyer ce paquet. Dans la soirée, nous assistons au fameux spectacle de lumière offert tous les soirs sur l'avenue des stars : la « croisette » est bondée, à 8:00 tapantes, deux voix résonnent dans des hauts parleurs et présentent à grand renfort de musique et de lumières les partenaires participant au spectacle : maman mitraille, je prends des vidéos, le spectacle dure dix minutes : sympathique mais un peu répétitif quand même !

Mardi 24 mai
On dépose notre paquet de 7 kg (25€) à la poste de Kowloon, il devrait arriver dans 6 semaines ! Et nous nous décidons enfin à sortir de la ville ; un premier ferry vers Central puis un deuxième vers Cheung Chau, une demi-heure de traversée. Nous faisons le tour du petit port de pêche et sommes surprises de voir le nombre de personnes âgées semblant vivre ici : l'île de Cheung Chau serait-elle la maison de retraite de nombre d'Hong Kongais ? Dans les rues le linge sèche aux fenêtres ce qui accentue le sentiment de tranquillité du lieu où par ailleurs on circule essentiellement en vélo. On déjeune dans un petit restaurant très local de Dim sum, les gens nous sourient gentiment...
En début d'après-midi, nous reprenons un troisième ferry en direction de l'île de Lantau puis à l'arrivée un bus (N°2) pour aller voir, à Ngong Ping, le grand Bouddha Tian Tian. Nous sommes seules dans ce bus : la route serpente à travers une forêt, nous sommes surprises d'y voir des vaches sauvages (?) se balader. A l'arrivée le grand Bouddha nous laisse pantoises : on oscille entre Eurodisney et Lourdes ; des moines et nonnes tiennent des boutiques vendant des objets religieux tandis que d'autres commerçants vendent des babioles dans des magasins décorés selon des normes plutôt américaines. On accède à un immense Bouddha assis, en bronze, de 30 mètres de haut, par un escalier de 260 marches. Arrivées au sommet, une averse tombe ; nous redescendons sous la pluie et dans le brouillard, j'étrenne mon superbe blouson vert qui ne prend pas l'eau, enfin si mais pas comme ça ! Le téléphérique censé nous redescendre dans la vallée ne fonctionne pas depuis un mois et tant mieux, qu'aurions-nous vu du paysage ? On emprunte, avec nombre d'autres visiteurs, le bus 23 qui nous dépose à la station de métro. Divine surprise à la guest : non seulement nous récupérons nos passeports avec visa mais l'accès à Internet vient d'être réparé et la wifi fonctionne très bien. : nous passons des messages jusque 3 heures du matin !

1505 - 1605 - 1705 : Kuala Lumpur, le retour

Lundi 16 Mai 2011
Dans cette chambre individuelle, bien trop petite pour deux personnes, il n'y a pas de fenêtre donc pas de bruit pour venir perturber notre sommeil ! La Matahari guesthouse est bien située, les draps sentent bon, le petit déjeuner est inclus, Internet est à disposition, la wifi également, les salles de bains collectives sont propres et en nombre. Néanmoins nous changeons d'hôtel et emménageons à la Palmmers Guesthouse où nous avons laissé André hier soir : le responsable de cette guest nous a accueillie tellement gentiment la veille que nous ne pouvions pas ne pas revenir !

André n'est pas emballé par notre projet d'aller en ville, on se donne rendez-vous pour le déjeuner. Nous sommes fermement décidées à obtenir, contrairement à la dernière fois, nos tickets d'entrée pour admirer la vue sur Kuala Lumpur depuis la passerelle qui relie les Pétronas. Nous prenons le métro aérien en direction des twin towers ; trop facile, on circule dans cette ville comme si on la connaissait par cœur et c'est sereinement que nous arrivons devant la billetterie... fermée le lundi ! On achète quelques cartes postales et l'on rentre à l'hôtel, Kuala Lumpur nous fatigue ! Comme nous sommes dans le quartier chinois, rien de plus facile que de trouver un restau, un délicieux plat de pâtes commandé d'après photo. J'emmène maman et André dans le magasin pour lequel j'ai craqué le mois passé et j'achète une nappe et jeté de lit d'un créateur malaisien : pas une bonne affaire du tout si l'on considère les prix pratiqués en Asie mais il me faut penser à mon futur appartement !

De retour à l'auberge, on fait la connaissance de Myriam, une jeune femme belge qui voyage pendant un an autour du monde à la recherche des spots de plongée : elle en est actuellement privée à cause d'une mauvaise otite ; ne pouvant prendre l'avion, elle part dans deux jours visiter Singapour. Nous passons l'après-midi à papoter puis bravons la pluie diluvienne qui vient de s'abattre sur Kuala pour aller diner au restaurant indien du coin. André nous quitte, il rentre cette nuit en France après avoir passé quelques mois en Asie. Il est déjà bien tard quand on se renseigne sur les heures d'ouverture de la poste, nous voulons alléger nos sacs en envoyant un paquet depuis Kuala, le responsable de l'auberge est convaincu que la poste ne vend pas de cartons et nous invite à en récupérer dès ce soir au marché du coin et c'est aussi la course pour trouver du scotch ! S'en suit un jeu de puzzle pour adapter le contenant au contenu ! Demain matin, à l'aube, nous enverrons ce paquet dont nous sommes très fières !

Mardi 17 Mai
On est réveillées avant tout le monde : lorsque nous descendons prendre notre petit déjeuner, l'hôtel semble désert. Quelques cannettes de bières et une bouteille de whisky justifient les bouchons d'oreilles que nous avons enfilés hier soir pour dormir... Deux tranches de pain, un thé et un café plus tard, on monopolise les deux seules douches/wc de l'auberge. Les bagages bouclés, on file à la poste : fermée, jour férié ! Curieux, le responsable de la guest ne le savait pas, une de ses clientes malaisienne idem, banques fermées elle est bloquée là ! Arrgggg ! On croise les doigts pour que le bureau de poste de l'aéroport soit ouvert ! Métro plus bus, on débarque avec nos sacs et notre carton : c'est aussi férié pour eux ! Grrrr... Nous sommes contraintes de défaire notre merveilleux paquet pour tout redistribuer dans nos sacs à dos en espérant ne pas y générer de sur-poids, 15 kg pas plus ! Avec Air Asia, le kilo de trop coûte cher ! On remplit les bagages de cabine de lourds bouquins, on s'en tire bien, « ça passe », on décolle à 13h50 pour Hong Kong !

Synthèse Indonésienne

1405 - 1505 : Sous le signe de l'amitié

Samedi 14 Mai
Décidément, on aime ne rien faire à Rantepao... C'est notre dernier jour au Pays Toraja et nous conservons la chambre jusque 20:30, heure à laquelle le bus doit venir nous chercher à l'hôtel. En attendant, on a prévu un tas de choses : imprimer et offrir un album de photos à Alex, poster sur le blog celles que nous avons triées, publier deux ou trois nouveaux récits, battre à plate couture Darryl et Dale aux jeux de cartes, boire un dernier Tamarilla Juice, et enfin, bien à contrecoeur, boucler nos baggages...

Ces journées à ne rien faire semblent s'écouler plus vite que les autres, entre discussions avec nos amis et claque au rami – oui, j'ai finalement perdu.... -, nous ne voyons pas le temps passer... Dans le café Internet d'en face, je regarde le téléchargement des 80 photos de la cérémonie funéraire passer au compte goutte, lorsque maman m'appelle pour diner. Ce soir, nous sommes 8 à investir le restaurant et l'ambiance est à la rigolade. Alex nous a rejoint, on s'échange nos coordonnées en insistant pour être invité à son mariage !

La pluie se met à tomber dru, même le ciel est triste de nous voir partir, c'est en courant que nous rejoignons l'hôtel situé à 200 mètres du Mambo. On récupère nos bagages et patientons tous ensemble, le bus arrive, embrassades et promesses de se revoir un jour – et ce ne sont pas des paroles jetées en l'air, je les écris pour qu'elles restent d'ailleurs : Darryl, Dale, Barbara, on vous attend à la maison ! Delphine on se retrouve autour d'un verre à Paris ! André idem, si le vélo te tente, la normandie c'est plat... enfin la plaine de Caen !

André, maman et moi montons dans le Bintang Prima, un bus de luxe dont les sièges s'allongent presque à l'horizontal, du moins lorsque le passager de derrière l'accepte. C'est parti pour 10h de transport, nous redescendons vers Makassar. Dès les premiers virages, je sens que la salade de crevettes et mon jus de tamarin ne resterons pas très longtemps à leur place... et ce d'autant plus que mes narines sont attaquées par des effluves nauséabondes provenant du sac de ma voisine également malade. Au premier arrêt, je récupère des sacs en plastique qui malheureusement, me seront fort utile. Après le dur passage montagneux, la route est droite et le reste de la nuit plus serein.

Dimanche 15 Mai 2011
C'est André qui nous réveille au petit matin « On est à l'aéroport, on doit descendre maintenant si on ne veut pas repartir avec le car »... 5:20 du mat'... Que va-t-on faire de notre journée ? Notre avion pour Kuala Lumpur ne décolle qu'à 17:00. On voulait déposer nos valises dans une consigne pour passer la journée à nous ballader sur Makassar, mais ça n'existe pas dans cet aéroport ! Alors on décide de ne pas bouger et de nous prélasser à l'ombre des arbres que l'on aperçoit à côté du parking. D'heure en heure, on décalle nos affaires pour s'abriter du soleil qui continue sa course. Si la journée d'hier est passée vite, celle-ci est fort longue ; lorsque le comptoir d'enregistrement d'Air Asia s'ouvre, nous sommes les premiers à poser nos bagages sur la balance ! Cette formalité effectuée, enfin déchargés, nous grimpons au premier pour nous ballader du côté des boutiques... Rien d'intéressant... On constate, en achetant celui que Fou nous a commandé, qu'Alex nous a fait de super prix pour des plateaux en bois gravé. 17:30, l'avion décolle à l'heure. Petite info, si vous voyagez sur Air Asia et que le vol dure longtemps, réservez le repas proposé avec l'achat du billet, il est bon marché et cela vous évitera de n'avoir qu'un snikers pour dîner.

Arrivée à 20:45, passage de frontière sans encombres, pas besoin de visa pour séjourner en Malaisie, un coup de tampon sur le passeport et les formalités d'entrée sont réglées ! Il nous reste encore à prendre le bus jusqu'au centre ville : 1h de route ; puis un taxi jusqu'à l'hôtel...

Mais le taxi ne trouve pas : normal, le nom de notre hôtel a changé et l'entrée se fait par l'arrière de la rue ! Nous n'aurions pas trouvé sans l'aide d'un restaurateur indien qui nous a fait passer par ses cuisines pour nous y conduire ! Manque de bol, il ne reste qu'une place en dortoir, André la prend, maman et moi accompagnées du propriétaire tentons notre chance dans une guest non loin de là... Complet également, il ne reste qu'une chambre individuelle... Crevées, je propose de poser un matelas au sol de cette chambre. C'est petit, pas de salle de bains, la porte ne s'ouvre plus une fois allongée, mais ce n'est que pour une nuit, demain on prend la plus belle chambre de l'autre hôtel qui nous coûte le même prix que celle-ci !

1005 – 1105 – 1205 - 1305 : Pays Toraja, en bémo, à pied, en voiture

Mardi 10 mai
Alex ne sait pas encore que nous sommes si nombreux à l'attendre ce matin pour aller faire une balade dans la campagne : Marco et Mélanie les allemands, Fao le malaisien, Barbara la néerlandaise, Gaëlle et moi les françaises ! Nous avons envie de marcher et de découvrir des petits villages alentour. Raté, Fao, Marco et Mélanie sont déjà allés là où notre copain a prévu de nous emmener et on sent bien qu'il n'a pas envie de chercher un autre itinéraire : pas de problème, chacun part de son côté, on se retrouve ce soir ! L'avantage d'être avec Alex c'est qu'il sait aller à l'essentiel et quelques minutes plus tard nous sommes en route dans un taxi collectif pour Lempo, au nord de Rantepao mais 10 minutes après notre départ, le chauffeur fait demi tour, il revient chercher un passager 'oublié' ! Le paysage est superbe, les rizières toujours aussi vertes mais la route vraiment mauvaise. Le Bémo nous lâche en pleine campagne et nous commençons à grimper à travers un paysage à couper le souffle... dans tous les sens du terme ! Nous traversons des hameaux avec de hautes tongkonans, dans les rizières hommes et femmes préparent la prochaine récolte, des enfants jouent et nous interpellent par de gentils 'hello', les chiens et les buffles se prélassent au soleil... des tombes creusées dans les rochers parsèment les rizières ici et là. Nous prenons un verre au Coffee shop Tinimbayo qui surplombe un espace fabuleux où les rizières s'étagent à l'infini ; le soleil est haut dans le ciel et nos photos ne rendront pas grâce à ce paysage... Des adolescents s'y sont donné rendez-vous, l'un d'eux joue de la guitare. Alex nous explique qu'enfant il venait ici pour passer des week-ends entre copains ou en famille. Nous poursuivons notre chemin jusque Batu Tumonga autre point de vue panoramique sur Rantepao ; un restaurant agréable, moins de dix touristes avec nous, des possibilités d'hébergement... Nous continuons vers Lokkomata, site célèbre : des tombes troglodytiques taillées dans un promontoire rocheux. Des ouvriers creusent un tombeau dans la roche, une énorme pierre en bouche l'entrée, elle sera jetée au bas du rocher pendant notre passage et Gaëlle filme l'incident. Il est quatre heures quand nous quittons Lokkomata et Alex nous informe qu'il y a près de 2 à 3 heures de marche pour rentrer sur Rantepao. Gloups ! Il faut impérativmenet que nous trouvions un Bémo pour nous redescendre, nous n'avons aucune envie de rentrer de nuit ! Coup de chance, un vieux truc passe, s'arrête et nous emporte ; nous mettons plus d'une heure pour revenir sur Rantepao, la route est épouvantable ; on tire notre chapeau au chauffeur qui doit rouler au pas avec moults précautions au risque de se renverser tant les côtés s'affaissent. Le gouvernement local ne ferait pas son travail : il y a deux ans la région Toraya a été subdivisée en deux entités,  Rantepao est devenue la capitale de cette deuxième région, Makale restant celle de la première mais il semble que les subventions ne parviennent pas à Rantepao et/ou qu'il y a une incurie du jeune gouvernement : les habitants de Tana Toraja râlent ! Nous retrouvons Mélanie, Marco et Fou pour aller diner au Rimiko restaurant de loin meilleur et moins cher que le Mart's café dont nous faisions notre cantine. Fou prend un bus de nuit ce soir pour Makassar : il nous précède de quelques jours dans son itinéraire pour rejoindre Hong Kong où nous devons le revoir dans huit jours ; dans nos bagages nous emportons le gros poignard qu'il a acheté cet après-midi ; n'enregistrant pas son sac de voyage en soute, il pensait ne pas pouvoir ramener cette arme convoitée !

Mercredi 11 mai
Rien : on lézarde dans notre guesthouse, travailler sur notre ordinateur, trier les photos, déjeuner au restaurant le plus proche et surfer sur Internet en face de la guesthouse. Notre voisine de chambre, la néerlandaise Barbara, fait exactement la même chose que nous, il en est de même pour André le français juste à côté et les canadiens au-dessus : ça déculpabilise... si besoin était !

Jeudi 12 mai
Dale et Darryl, les canadiens, nous proposent de louer une voiture avec chauffeur pour aller découvrir l'ouest du pays Toraja, Barbara la néerlandaise est du voyage : partager cette location de 300 000 rp à cinq nous revient donc à un peu moins de 5€ par personne. On embarque Alex avec nous, il venait nous voir et n'avait rien prévu de spécial. Superbe cette voiture et oh combien confortable ! Nous apprécions ce petit luxe... Nous quittons Rantepao par le sud en direction de Makale, l'ancienne capitale administrative de la région. Construite autour d'un lac artificiel, parmi des collines, la ville ne nous semble pas d'un grand intérêt : nous la traversons pour remonter sur Bittuang et Bolokan jusqu'au bout de ce qui est carrossable ; beaucoup de temps pour faire peu de kilomètres mais nous traversons des paysages merveilleux, des étagements de rizières auxquels succèdent des forêts tropicales ; plus haut encore, les paysages ressemblent à nos montagnes et les pins sont similaires seuls les buffles apportent une vision plus insolite. Nous déjeunons dans un petit warung très loin des normes de la restauration occidentale ; plat unique au menu : du riz blanc parsemé de riz noir, de beaux morceaux de poulet grillé et une sauce à base de tomates très épicée ; notre hôtesse fera un aller/retour à l'épicerie pour nous proposer une sauce ketchup plus douce. Ce repas simple est bon, nous la remercions chaleureusement et ce d'autant qu'il nous coûte moins d'un euro par personne ! Notre chauffeur nous arrête près d'un torrent de montagne ou nous passerons une petite heure à nous baigner les pieds et discuter. Arrêts photos sur le chemin du retour, nous rentrons contents de cette ballade où nous n'avons rien vu d'exceptionnel mais où nous avons particulièrement apprécié d'être ensemble... D'ailleurs nous poursuivons en allant dîner au Rimiko Restoran.

Vendredi 13 mai
Curieux ce que cela fatigue de ne rien faire : ce vendredi nous restons à nouveau à l'auberge et nous ne sommes pas seules : Dale et Darryl, Barbara et André nous accompagnent dans notre farniente ! Officiellement, on fait de la lessive, on rédige le blog, on prépare le voyage en Chine, on trie les photos... On fait une pause quoi ! Même pas envie d'aller à la piscine de l'hôtel de luxe tout proche... En fait quand on aurait pu y aller il se met à tomber une averse qui nous donne juste envie de faire la sieste et de regarder la télé ! On se déplace quand meme... en groupe... pour aller déjeuner et dîner ! Cool les vacances à Rantepao ! Faut dire que demain soir on se quitte, alors on profite des fou-rires qui passent !

0905 : Ames sensibles : s'abstenir !


Lundi 9 mai 2011
Hier, nous n'avons pas résisté à la proposition de Fou de se joindre au groupe qu'il forme avec Max, un néerlandais et Marco et Mélanie, des allemands, pour assister à la première journée d'une cérémonie funéraire : ils ont loué les services d'Andy un guide éminent qui, par ailleurs, parle très bien français.
Nous partageons notre petit-déjeuner et les liens se tissent ; à 08:30, on grimpe dans un bémo pour aller (re)visiter Ke'te Kesu le village d'Alex, au demeurant l'oncle d'Andy. Nous redécouvrons ce lieu avec des compléments d'infos passionnants. Petit coucou à notre ami Alex dans sa boutique, nous reprenons un bémo pour aller sur les lieux de la cérémonie. La femme inhumée ce jour appartenait à la noblesse locale et dès l'arrivée on note que le 'standing' est autre : le lieu est vaste, les décorations plus recherchées et le cercueil qui trône au milieu du terrain est déposé dans un « corbillard » de très belle facture.
Andy nous présente au petit-fils de la défunte, décédée 5 mois auparavant. Il nous invite à prendre le thé et savourer quelques gâteaux. Nous lui offrons nos cadeaux : cigarettes, sucres et jeux pour les enfants.
On assiste à une succession de processions : un vieux monsieur en habit traditionnel suivi de deux jeunes gens somptueusement habillés et des invités qui viennent s'asseoir dans un espace dévolu. Des personnes habillées d'un meme tissu viennent leur servir du thé, du café et des gateaux secs. Les choses se précipitent, l'annonce est faite par « l'animateur des festivités », c'est l'heure d'un premier sacrifice... L'animal nous est présenté dans un premier tour de piste, un homme plante deux bouts de bois dans le sol, le buffle est ramené, attaché par une patte. La gorge est tranchée par un coup de poignard, il ne suffit pas, l'homme s'y reprend à trois fois : sa lame est trop petite ! Le buffle se cabre mais finit par s'effondrer, la gorge béante et sanguinolante. Commence une longue et certainement douloureuse agonie pour cette pauvre bête qui tente de se redresser plusieurs fois. C'est la tête rejetée en arrière, les cornes plantées dans le sol, qu'il trépassera. Brutal ! Andy lui-même en conviendra, ce sacrifice s'est mal passé...
L'animal mort ou presque, un long tissu, une sorte de ruban rouge part du cercueil et recouvre les femmes et les enfants de la famille qui viennent s'installer dessous ; les hommes soulèvent le 'corbillard' et commence une promenade en cortège dans le village... Quelle n'est pas notre suprise lorsqu'on les voient non seuleument soulever le cercueil mais le secouer dans tous les sens en poussant des cris de joie : que l'âme de la défunte s'envole et que la joie exulte ! Tout le monde rit, les rares occidentaux présents sont assez troublés ! Le cortège emmène le cercueil dans une clairière où il est déposé, un premier combat de buffles va y avoir lieu : 2 hommes courent face à face tirant leur buffle et s'écartent au dernier moment, mais la bataille entre les deux animaux ne prend pas : ils se reniflent et l'un d'eux se carapate à toutes jambes. Eclats de rire dans l'assemblée lorsque la chose se reproduit par trois fois, avec trois buffles différents ! Buffle peut être, mais pas stupide. La quatrième tentative semble la bonne, mais le combat n'est qu'effleuré, ils s'échappent tous les deux !
Après ce curieux voyage, le corbillard est ramené sur son point de départ, le corps du buffle sacrifié repose toujours au centre. Les hommes démontent le toit du corbillard pour extraire le cercueil qu'ils transporte sur le balcon de la maison principale ; il sont plus d'une dizaine à le hisser sur une échelle de bambou qui vacille un peu. Ce simple transfert du cercueil implique, pour Andy, qu'il y aura au moins 21 buffles tués pour cette cérémonie.
Le cercueil déposé, la photo de la dame positionnée dessus, commence sur le terrain le découpage du buffle. Sa peau et des morceaux sont vendus à l'assistance, les bénéfices iront à des oeuvres de bienfaisance ; la tête de l'animal sera donnée au côté paternel de la famille, le coeur à la partie maternelle (à moins que ce ne soit l'inverse !).
Andy propose de patienter quelque temps pour assister au véritable combat de buffles qui doit avoir lieu surtout pour observer, dans l'assistance, les paris dont ils font l'objet. Le maître de cérémonie annonce le prochain combat et invite les spectateurs à accepter collectivmenet que le risque d'accident étant présent, c'est à leur risque et péril qu'ils assistent à ce combat ! La foule manifeste son accord collectif... Mais d'autres invités se présentent, il faut les accueillir et le combat tarde... Nous décidons de partir ! On reprend la route, Andy nous invite chez lui. Il est très fier de nous montrer son « Ronaldino Junior » un buffle blanc à tâches noires, aux yeux bleus et aux cornes jaunes : encore jeune, il vaudra une petite fortune d'ici quelques années, l'équivalent de nos chevaux de courses dirait maman.
Andy se dit issu de la caste supérieure et surtout être le représentant de son village. Il possède quelques terres dans lesquels travaillent ses cousins d'une lignée moins « pure » que la sienne. On découvre l'antre de Juan Carlos comme il aime à s'appeler, une grande maison qu'il partage avec son frère qui travaille à l'étranger. Il revêt son vêtement d'apparat pour poser devant son grenier à riz.
Il nous amuse en nous racontant qu'il vit seul par choix. Issu d'un rang trop élevé de la société Toraja, il aurait du trouver une femme Toraja de même rang que lui, ce qui implique qu'en cas de décès dans la famille de sa femme, il aurait du prendre en charge les rites funéraires qui sont très dispendieux. Sachant que, de son côté, beaucoup sont déjà décédés, il ne trouvait pas juste la situation et préfère rester célibataire !
On visite une 'tongnoman' habitées par son cousin. Il grimpe jusqu'au grenier et nous présente le scalp d'un homme, esclave sacrifié pour les funérailles de l'un de ses ancêtres. Le sacrifice des buffles a remplacé celui des esclaves au début du XXème siècle avec la conversion des Toraja au christianisme. Au début des années 20, la grand mère d'Andy a décidé de faire ensevelir les têtes de quelque 300 esclaves conservées dans sa maison depuis plusieurs générations et de faire cesser ces sacrifices humains. Mais dans le fin fond de l'Indonésie, en 2003, alors qu'il était allé acheter des buffles, Andy a appris le sacrifice d'une douzaine d'esclaves pour les funérailles d'un chef de clan !
Après toute ces émotions, nous rentrons à pied jusqu'à notre hôtel en transitant par Rante Karassik le champ des rituels pour la classe noble : des pierres de type menhirs y sont dispersées.
Max qui a pris une photo de la soeur de la défunte, souhaite la lui faire imprimer et lui offrir. 15000 roupies avec le cadre, une jolie attention !
On propose au groupe d'aller diner au restaurant d'en face, au moment de sortir, nous croisons Barbara, une néerlandaise rencontrée durant la cérémonie et qui s'avère occuper la chambre d'à côté, nous l'invitons à se joindre à nous, tout comme un couple de canadiens avec qui nous discutons lors de nos petits-dej. Nous sommes dix autour de la table et l'ambiance est excellente. Pas de chanson pour ce soir, nous nous suffisons !
En rentrant, Max et moi partageons les photos de la journée et regardons à nouveau les vidéos prises : il a filmé l'intégralité du sacrifice... Et a revoir ces images, nous les trouvons beaucoup plus difficiles que l'instant nous a semblé... Néanmoins, creuvée, aucun de nous ne fera de cauchemard cette nuit là !


0805 : On achete bien les buffles...

Dimanche 8 mai
Le buffle est l'animal emblématique de la culture Toraya : ces animaux ont une importance primordiale dans les cérémonies funéraires, ils constituent un symbole social et leur possession représente la richesse et le pouvoir, la valeur des terres est mesurée à leur aune. De façon surprenante, on ne les voit pas travailler dans les rizières, ni tirer de lourdes charges sur les routes ; ils sont dans les champs, se prélassent quelquefois dans une mare boueuse pour se protéger des insectes ou passent plusieurs heures par jour, le museau attaché à un anneau, pour muscler leur nuque et parfaire leur port de tête. Ce sont des animaux particulièrement placides que l'on n'entend jamais !
Aujourd'hui à Rantepao, c'est jour de marché : Gaëlle et moi sommes accompagnées par Alex et Fou, nos copains Toraja et Malaisien ! Le grand marché de Rantepao, Pasar Bolu, a lieu tous les 6 jours. Cet événement social important attire les habitants de toute la région et les plus beaux buffles s'y échangent ; les albinos sont les plus prisés, un superbe mâle adulte, avec de longues cornes et les yeux bleus peut valoir jusqu'à 300 millions de roupies, soit près de 240 000€ !
Ce grand marché ne se réduit pas à la vente des buffles, on y achète aussi beaucoup de porcs déjà saucissonnés sur leur brancart de bambou, prêts à emporter, pour servir de repas aux convives des différentes cérémonies ; il est aussi, avec le poulet, la base de l'alimentation locale. Un immense marché classique est attenant au précédent : on y trouve tout ce qui peut être utile au quotidien.
Nous passons la matinée sur ce lieu. Alors que nous étions venus à pied (environ 2 km), nous reprenons un bémo pour aller au centre ville déjeuner, tous les quatre, au Rumah Makan Saruran, un petit restaurant sino-indonésien, que Fou affectionne particulièrement. Dans la soirée, c'est à notre tour de lui faire découvrir le Mart's café : un guide particulièrment talentueux joue de la guitare et chante : nous passons une autre agréable soirée après une après-midi tranquille.

0605 - 0705 : Rites funeraires chez les Toraja

Vendredi 6 mai
Ce matin nous nous réveillons en espérant qu'Alex, avec qui nous avons rendez-vous, saura dans quel village doit se dérouler une cérémonie funéraire... Il arrive à 09:00, toujours aussi souriant, et nous tend les clés d'une moto qu'il vient de louer : petit instant de confusion, maman et moi ne savons pas conduire ces engins, il nous faut absolument un chauffeur ! Alex s'absente et revient  vingt minutes plus tard, un de ses copains accepte de jouer ce rôle moyennant 50 000 roupies. On enfourche les motos et c'est parti pour une journée que nous n'oublierons certainement jamais.
En chemin, nous nous arrêtons pour acheter quatre kilos de sucre, un présent pour la famille du défunt. La cérémonie a lieu près de Suaya, à environ 30 km au sud de Rantepao : nous allons assister à la deuxième journée d'un 'tomate', la cérémonie funéraire chez les Toraja qui se déroule sur trois jours.
Après ¾ d'heure de route et de paysages à couper le souffle, nous arrivons au hameau de Bau. Un grand nombre de villageois hommes, femmes et enfants, portant le deuil discutent, assis sous les tongonans, les maisons traditionnelles dont nous parlions dans notre précédent post. Alex gare la moto près d'un cochon saucissonné à des bambous pour faciliter son transport ; encore vivant, mais plus pour longtemps, deux hommes déjà le soulèvent et descendent la colline, nous les suivons et débouchons sur une clairière...
Une maison au milieu des rizières, entourée par des cabanes provisoires en bambou pleines de convives ; face à moi, un porc tente de libérer sa patte ficelée à un poteau en criant ; derrière lui, quatres hommes s'affèrent à découper un buffle en quartiers, la tête d'un autre traine à ses côtés, les nerfs du cou continuent de frémir. Cette boucherie en plein air, me retourne l'estomac et je commence à douter de pouvoir assister au sacrifice du prochain animal... 
Les cris des cochons que l'on apporte par dizaines irritent mes tympans ; posés en plein soleil, les pauvres bêtes halètent et réclament de l'ombre... Une simple feuille de palmier sur la tête et elles s'apaisent. Non loin de là, deux hommes commentent les évènements à l'aide d'un micro branché à une sono.
Quelques touristes sont présents mais parmi cettte foule – plus de 500 personnes – nous passons quasiment inaperçus. Alex nous invite à offrir notre sucre à la famille, il nous conduit dans l'une des cabanes de bambous. Le sol est glissant, nos chaussures pleines de boue, nous les retirons en entrant comme le veut la tradition. Deux femmes nous apportent du thé, du café et des gateaux que nous grignotons avec plaisir. La vieille dame dont on 'fête' les funérailles aujourd'hui est décédée quinze jours plus tôt : la cérémonie a été rapidement organisée ; certains corps peuvent attendre, dans les maisons, plusieurs mois, voire plusieurs années avant que la famille ne réussissent à épargner l'argent nécessaire à leur inhumation !
Tout près de nous, deux jeunes femmes se font maquiller, coiffer et habiller : elle portent un superbe costume traditionnel rouge, orange et jaune, les couleurs Toraja.
L'annonce est faite, le prochain buffle approche ; il passe devant nous placide, s'arrête devant les têtes des précédents sacrifiés sans broncher, un homme attache sa lanière au poteau planté dans le sol... l'idée de voir le coup fatidique être porté m'effraye, je m'éloigne. Maman, plus courageuse, reste, appareil en main ; lorsque je reviens, l'animal est affalé sur le sol, un seul coup de poignard dans l'artère a suffit, il mettra moins de deux minutes pour expirer.
Alex nous emmène vers l'arrière de la maison, une centaine de personnes patiente pour présenter ses  condoléances ; autour d'elles, des cochons trainent au sol attachés à des bambous, d'autres sont  morts et leur découpe commence, beaucoup sont déjà en train de cuire.
On s'étonne, on s'émerveille par tant de monde et d'agitation. On s'insensibilise aux cris des cochons même si je ne résiste pas à couper quelques branches pour les protéger du soleil, un geste qui plait et me vaut des remerciements. Nous apprendrons que c'est près de cent cochons qui seront ainsi tués et cuisinés pour nourrir tous les convives.
On goûte au cochon cuit dans du bambou avec légumes et piments, je fais un peu semblant et ne touche pas à la viande, maman s'y risque plus mais n'en raffole pas. Les heures passent, nous sommes fascinées. Il ne devrait pas se passer autre chose ce jour que l'accueil de tous les visiteurs qui viennent présenter leurs condoléances, offrir et partager de la nourriture... Peut être que d'autres buffles seront sacrifiés, mais nous préférons repartir en début d'après-midi. Nous reprenons nos petites motos pour sillonner ces merveilleux paysages de rizières et de montagnes et visiter quelques sites :
- LEMO, 10 km au sud de Rantepao : le site le plus connu du pays Toraja. Sur la paroi rocheuse, une série de balcons ornés de 'tau tau'. Selon la légende locale, ces tombes seraient celles des descendants d'un chef Toraja qui régna sur le district environnant il y a des siècles et seuls ses descendants peuvent utiliser l'endroit. Les personnages ont les bras tendus comme pour une acclamation ; la symbolique serait une main donne et l'autre reçoit !
- KAM BIRA : les baby graves, tombes de nouveaux-nés creusées dans le tronc d'un arbre ; une tradition qui ne se perpétue plus contrairement aux autres : la sève de l'arbre apporte le lait dont l'enfant a besoin après sa mort...
- LONDA, 5 km au sud de Rantepao, peut-être le site le plus impressionant de l'après-midi : sur une falaise, des 'Tau tau' sur un balcon gardent l'entrée de deux grottes funéraires où sont entreposés, des cercueils. Un villageois, parlant très bien français, nous accompagne en portant une lampe-tempête ; l'ambiance est un peu oppressante, il faut se plier pour rejoindre le coeur de la grotte. Parmi d'autres ossements, deux crânes posés dans un coin : ce sont les Roméo et Juliette locaux : dans les années 1970, ces cousins germains s'aimaient mais n'ayant pas le droit de vivre ensemble, ils se sont suicidés. Dans la grotte adjacente, des cercueils sont empilés en vrac, sous le poids cumulé, ceux du bas s'écrasent et s'ouvrent... Londa est aussi connu pour le travail du bois de ses artisans ; un tau tau est en cours de fabrication d'après photo du défunt : la tradition perdure.
Une averse menace, nous rentrons fatiguées mais ravies de notre journée...

Samedi 7 Mai
Suffisamment d'émotions hier pour s'autoriser à ne rien faire ; enfin, ne rien faire est tout relatif, nous avons du retard sur le blog et quelques 'posts' à rédiger, ce que nous prennons le temps de faire Pause déjeuner au Mart's Café : l'ambiance y est beaucoup plus calme qu'en soirée...

0405 - 0505 : De Kuta a Rantepao, d'une civilisation a l'autre

En quittant Kuta, nous laissons la civilisation du tourisme de masse pour découvrir une civilisation plus ancienne, une culture traditionnelle celle des Toraja sur l'île de Sulawesi.

Mercredi 04 mai
Réveil à 04:00 du matin, nous ne pouvons manquer notre vol Lion Air qui décolle à 06:50 de l'aéroport de Denpasar ; 30 minutes plus tard, nous sommes dans la rue à la recherche d'un taxi. Pas besoin d'aller très loin, ils sont tous pris dans un bouchon à la fermeture d'une discothèque... Kuta ne dort jamais, bars et supérettes sont ouverts 24h/24... De jour comme de nuit, des Indonésiens proposent leurs services : « Transport ?, Taxi ? Motobike ? » et c'est la foire d'empoigne pour tenter de nous récupérer... Evelyne cherche un taxi Blue Bird qui accepterait de mettre le compteur mais c'est trop peu avantageux et même eux refusent ! On négocie un tarif à 40 000 roupies : pas de circulation, ça change ! Les rues sont désertes, nous arrivons au 'départ domestique' en quelques minutes. Les formalités d'usage effectuées, délestées de 80 000 roupies de taxes, nous déambulons dans la salle d'embarquement après avoir avalé un rapide petit déjeuner. Un rat sème la panique auprès de quelques westerns peu habitués à les voir se promener dans un aéroport : ça amuse Gaëlle qui aurait aimé prendre ça en photo mais qui n'a pas été suffisamment réactive ! Le vol se déroule sans encombres, nous atterrissons une heure plus tard à l'aéroport de Makassar (Ujung Pandang).
A la récupération des bagages, Alex, un jeune type arborant un tshirt 'Toraja' engage la conversation, s'enquiert de notre destination et nous propose de le suivre : il prend aussi le bus pour Rantepao, il rentre dans sa famille pour les vacances, ferme sa boutique sur Bali pendant deux mois. Une navette nous emmène de l'aéroport à la station de bus pour 15 000 roupies mais en chemin elle croise le bus VIP que nous souhaitons prendre ; notre chauffeur lui fait signe d'arrêter : tous les trois, nous traversons la quatre voies avec nos sacs en vrac et grimpons dans le superbe autocar qui monte vers Rantepao et le pays Toraja. Quel luxe ! Pour 100000 roupies (8€), nous bénéficions d'un autocar récent avec des sièges semi-couchettes ; toutes les deux heures, il s'arrête dans un petit restaurant pour que l'on puisse se dégourdir les jambes. La route est étroite, le bus imposant, il roule prudemment. Puis devient sinueuse et grimpante, Gaëlle commence à avoir mal au coeur. Il est 19:30 quand nous arrivons, il fait nuit noire, nous sommes déposées à quelques pas du Pia's Poppies Hotel : nous avons de la chance, on peut nous donner la dernière chambre ! Une délicieuse petite salade de fruits en guise de diner, nous allons nous coucher sans demander notre reste.

Jeudi 5 mai
Concert de grenouilles hier au coucher, concert de coqs ce matin au réveil ! Chambre quelconque et un peu chère, pas d'eau chaude pour la douche, petit déjeuner en supplément, taxes à rajouter. Ce matin, nous rechercherons un autre hébergement plus en rapport avec nos attentes. Comme promis, Alex est là à 09:00 ; nous devons régler des problèmes de logistique sur internet et dans une agence de voyage : nous dépassons de deux, voire trois jours la date butoir de notre visa et allons devoir payer une pénalité de 25$ par jour ; par ailleurs, notre billet d'avion pour Kuala Lumpur part de Denpasar : nous envisageons maintenant d'acheter un vol Macassar/Kuala Lumpur en anticipant la date de départ, nous conformant à celle de notre visa ; Internet fonctionne mal ce matin et pour nous et pour l'agence de voyage, nous devons suspendre notre projet !
L'office du tourisme de Rantepao nous accueille tout à fait sympathiquement et nous donne une carte de la région.
Nous trouvons une auberge qui réunit tous les critères nous intéressant : le prix, la propreté, la situation géographique... On réserve notre chambre, on libère la précédente et on s'installe à la Wisma Maria 1.
Sur notre demande, Alex nous fait découvrir la cuisine locale : pas un occidental dans cette paillotte où deux plats sont proposés : l'un à base de poulet, l'autre à base de porc, le pa'piong : des morceaux de porc mélangés à différents légumes et cuits pendant plusieurs heures dans un tube de bambou sont servis avec du riz blanc... Bon... ok de temps en temps... si on pouvait espacer... on ne courra pas après !
Alex nous propose d'aller visiter son village, Ke'te Kesu, à quatre kilomètres d'ici. On s'y rend par bemo, taxi collectif pour 3000 roupies par personne, nous reviendrons à pied pour photographier les superbes rizières sur fond de montagnes. On arrête le bémo ad hoc dans une des rues de Rantepao, (facile, vous suivez Alex !) et un quart d'heure plus tard on arrive à ce beau village ; c'est son frère qui tient la première boutique, sa cousine la suivante et son oncle, la billetterie d'entrée ; on bénéficie d'un passe-droit : on ne paiera pas, ici, les 10 000 roupies demandées par les villages pour visiter leurs sites.
Le village traditionnel est composé de 10 très belles 'tongkonan' auxquelles font face autant de granges à riz traditionnelles. Les maisons sont remarquables par leur taille et leur toiture retroussée aux deux extrémités les fait ressembler aux cornes d'un buffle ; elles ne sont plus habitées en tout cas dans ce village : elles avaient été construites quand les Toraja vivaient de chasse et de pêche et qu'ils devaient se protéger des animaux ; les grandes maisons sur pilotis se composaient de trois pièces : celle du milieu, avec le foyer pour cuisiner, est la pièce de réception qui héberge aussi les visiteurs et de part et d'autre la chambre des parents et celle des enfants. Les Torajas ont abandonné leurs belles maisons pour vivre dans des maisons construites à proximité plus pratiques parce que de plain pied ; les maisons familiales servent dorénavant aux cérémonies, notamment funéraires. Elles sont toutes gravées de symboles, le nombre de cornes de buffle et leur taille atteste du statut de la famille ; trois classes dans la sociéte Toraja, les nobles, la classe moyenne et la basse classe et on ne se mélange pas ! Beaucoup de choses semblent codifiées. Le village de Ke'te Kesu est réputé pour sa gravure sur bois et c'est intéressant de voir que de jeunes garçons poursuivent le travail de leurs pères – pour les touristes, certes – mais on retrouve bien les mêmes symboles que ceux de leurs maisons...
Derrière le village, on accède au cimetière : de vieux cercueils accrochés à la falaise menacent de s'écraser à tout moment, d'autres sont empilés, à moitié détruits, les ossements sont visibles, voire exposés. Des crânes sont déposés ça et là !
Dans une petite grotte fermée, des 'tau tau' : les vols fréquents ont amené les villageois a protéger ces sculptures qui représentent le défunt : pas de photo pour se le rappeler, on sculpte son image, on l'habille de ses vêtements et on place cette effigie devant sa tombe creusée dans la falaise...
Dans des grottes troglodytes, d'autres cercueils en mauvais état et devant des offrandes : bouteilles de plastique et cannettes métalliques ont remplacé les anciens contenants en bambou ou feuilles de bananes : on a plus la vision d'un petit dépotoir que d'un lieu d'offrandes... il est interdit de reprendre ce qui a été offert nous explique-t-on : curieuse sensation ces bouteilles d'eau qui trainent là avec ces bottins téléphoniques. Des poubelles pour nos yeux, un sentiment partagé par les guides qui regrettent que les familles ne s'autorisent pas à se séparer de certaines offrandes : difficile de compter sur l'autodestruction de bouteilles plastique !
Avec la visite du site de Ke'te Kesu nous entrons rapidement et de plain pied dans la culture Toraja... Si les habitations délaissées et les vieux cercueils éventrés peuvent nous laisser croire que tout cela appartient au passé, nous allons vite nous rendre compte que beaucoup de traditions perdurent. Sur le chemin du retour, nous passons devant un atelier qui travaille à la construction du catafalque d'un notable : deux mois de travail, à deux, simplement pour le transport du cercueil : maison toraja en miniature, tous ses côtés seront gravés, tous les dessins seront symboliques. A l'entrée de Rantepao, c'est un atelier de cercueils que nous découvrons : plusieurs d'entre eux sont exposés, l'un tout simple, d'autres sculptés de tous les côtés...
Juste en face de l'hôtel, nous allons diner au Mart's Café repaire de tous les guides de la région, semble-t-il Nous sympathisons avec deux ou trois d'entre eux et passons une soirée très agréable avec notamment des jeunes femmes qui chantent accompagnées d'une guitare...
Nous, Sulawesi et Rantepao, on aime !

0105 - 0205 - 0305 : Kuta again

Dimanche 1er mai
Dernier petit déjeuner sur notre terrasse si agréable au petit matin... pour peu que le gamin malaisien d'à côté ne fasse pas une énième comédie. Nos valises sont bouclées, Cécile s'absente deux heures pour se faire dorloter au Santika et prendre un bain de fleurs, en plein air, face aux rizières. C'est parée pour les 24 heures de transport qui l'attendent qu'elle nous retrouve.
Le minibus réservé hier (50 000 roupies/pers) passe nous prendre au pied de notre hôtel à 12:15, nous sommes les premières, on fait un petit circuit pour récupérer cinq autres passagers. Il nous faut près de deux heures – contre une initialement  prévue – pour arriver à l'aéroport mais Cécile a suffisamment de marge pour ne pas s'inquiéter ! Un dernier bisou et nous poursuivons la route pour Kuta. L'aéroport n'en est qu'à 3 kilomètres nous arrivons rapidement à destination, enfin presque, le chauffeur peu conciliant nous lache au « bémo corner », nous avons pres de 1500 mètres à faire avec nos sacs sur le dos pour rejoindre le Suka Beach inn.
Kuta, la plus grande station balnéaire de Bali, le temple du tourisme de masse... Nous n'avions pas prévu d'y revenir, nous voulions découvrir Legian plus au nord et peut être plus calme ; mais pour une raison inconnue, le chauffeur a refusé de nous y conduire et nous n'avions pas envie de rechercher un autre moyen de transport dans la foulée de celui-ci ! On retourne donc dans notre guesthouse où nous bénéficions d'une chambre à l'étage, avec une agréable terrasse. Je vais profiter de la piscine après chaque petit déjeuner, tout va bien ! Et puis nous ne sommes ici que pour deux jours, il y a pire comme situation...
Débarrassées de nos bagages, nous allons déjeuner dans un warung insipide dont le seul interêt est son accès gratuit à Internet. On part se balader en ville en quête d'un maillot de bain que nous n'achèterons pas et revenons par la plage, une des plus belles de la région, célèbre pour ses couchers de soleil ; nombre d'indonésiens viennent profiter des derniers rayons de soleil et se baignent tout habillés. Quelques surfeurs au loin se prennent des gamelles et se relèvent pour mieux affronter la vague suivante, drôle de sport... Soleil voilé, son coucher n'a rien d'intéressant, on rentre pour se rappeler que notre ordinateur est truffé de films piqués sur les disques durs de Laurianne, Gauthier et Sylvain. Ce soir : on se regarde « V pour Vendetta » et on se couche ! 

Lundi 2 mai
Notre objectif de la journée se résume à aller visiter Ulu Watu et négocier le tarif pour cette visite,   celle de Tanah Lot demain et le transfert à l'aéroport mercredi matin. On déambule dans les rues à la recherche du meilleur tarif pour nous y rendre. Le marchandage est dur, un taxi nous propose 400 000 roupies pour les trois mais on poursuit notre recherche. Il semble à peu près acquis que le transfert matinal pour l'aéroport tourne autour de 50 000 roupies... Reste à voir pour le reste ; on trouve un bemo qui nous y emmène pour 160 000 roupies à Ulu Watu, temple connu pour son emplacement exceptionnel en haut d'une falaise. Si le sanctuaire est d'un intérêt mineur, la vue, elle, est considérée comme l'une des plus belles de Bali. Le temps est nuageux, nous ne pourrons pas admirer le somptueux coucher de soleil dont le GdR fait l'éloge. Par contre, j'expérimente, comme maman quatre années plus tôt, le vol de lunettes par un singe. Au sommet de ce temple vivent des dizaines de singes pickpockets qui dérobent tout ce qu'ils peuvent : chouchous, tongues, lunettes.... J'étais prévenue, je tenais fermement les miennes mais au moment où mon attention s'est quelque peu relachée pendant la prise d'une photo, un singe s'est précipité sur moi pour me les arracher ; il n'a réussi qu'à me tordre une branche, je tenais d'une main l'autre branche : sentant la résistance, il a lâché prise. Ne souhaitant pas renouveler l'expérience, j'ai rangé mes lunettes et continué la visite à l'aveugle. N'y voyant plus grand chose, le soleil refusant de se coucher joliement, nous sommes rentrées en expérimentant les terribles bouchons de Kuta... 

Mardi 3 mai
Rien, on abandonne même l'idée d'aller visiter Tanah lot ce matin : c'est pourtant le temple le plus visité et le plus photographié de Bali ! Au programme de la journée, piscine, tri de photos, Internet, lessive, restaurant, valise, dodo... On se prélasse avant d'attaquer la longue journée de transport qui nous attend demain.

3004 : Ubud Culture

Samedi 30 avril
J'ai craqué sur ce masque de grenouille, je le veux, je le trouverai ! Alors ce matin, je traine tout le monde au marché pour mettre la main dessus : il y en a bien quelques uns, mais pas aussi beaux que celui que j'ai vu et puis ils ne sont pas bleus mais verts et franchement, ça manque d'originalité ! On fouille, on fouille, plus les échoppes défilent, plus ma motivation décline : c'est sans grenouille que nous quittons le marché !

On poursuit par un tour de la ville, une rue de magasins non encore arpentée, rien ne nous séduit vraiment, quel progrès ! Il est midi, nos estomacs nous rappellent leur existence, nous filons dans le restaurant devenu notre cantine. La même jeune fille nous sert, toujours aussi souriante...

Cécile et moi laissons maman devant l'hôtel pour aller visiter le musée qu elle a vu quatre ans plus tôt : The Blanco Renaissance Museum. On découvre la maison d'Antonio Blanco, peintre philippin, mort en juillet 1999. Dans le jardin vivent de nombreux oiseaux aux couleurs somptueuses ; je mitraille, autant que faire ce peu, ma carte sim de 8 gigas est bloquée, reste celle de 16 mégas. Cécile et moi apprécions énormément ces toiles dont les cadres font partie intégrante du travail : Antonio Blanco créait et peignait aussi l'encadrement ; beaucoup d'originalité, d'excentricité dans ces oeuvres, on parle d'un Dali argentin ! Nous découvrons l''érotic room', des peintures pleines d'humour qui ornaient les murs de sa chambre. On passe par l'atelier du fils Blanco qui poursuit la démarche de son père, vit et travaille dans ce lieu ; nous n'avons pas la chance de ma mere qui l'avait croisé lors de sa visite.

En sortant de là, nous avons envie d'aller nous faire masser ; on retourne à Cantika, l'institut de massage repéré lors de notre ballade dans les rizières ; malheureusement ils sont complets en cette fin d'après-midi. Cécile reserve pour le lendemain matin, nous laissons tomber, il y a du boulot à faire sur le blog !

Dernière soirée à Bali, Cécile rentre en France demain : ces dix jours sont passés si vite ! On décide de se faire un restaurant sympa pour l'occasion. Je suis en charge de choisir le lieu, ce sera le Nomad Restaurant... Dommage, rien d'exceptionnel, trop western à notre goût... Maman râle mais au moins nous avons été épargnées par l'énorme averse qui s'est abattue tout d'un coup sur la ville !

De retour à l'hôtel, Cécile charge nos photos sur clé USB, elle remporte aussi quelques bijoux et paperasses qui pèsent et qui peuvent attendre notre retour en France.