En quittant Kuta, nous laissons la civilisation du tourisme de masse pour découvrir une civilisation plus ancienne, une culture traditionnelle celle des Toraja sur l'île de Sulawesi.
Mercredi 04 mai
Réveil à 04:00 du matin, nous ne pouvons manquer notre vol Lion Air qui décolle à 06:50 de l'aéroport de Denpasar ; 30 minutes plus tard, nous sommes dans la rue à la recherche d'un taxi. Pas besoin d'aller très loin, ils sont tous pris dans un bouchon à la fermeture d'une discothèque... Kuta ne dort jamais, bars et supérettes sont ouverts 24h/24... De jour comme de nuit, des Indonésiens proposent leurs services : « Transport ?, Taxi ? Motobike ? » et c'est la foire d'empoigne pour tenter de nous récupérer... Evelyne cherche un taxi Blue Bird qui accepterait de mettre le compteur mais c'est trop peu avantageux et même eux refusent ! On négocie un tarif à 40 000 roupies : pas de circulation, ça change ! Les rues sont désertes, nous arrivons au 'départ domestique' en quelques minutes. Les formalités d'usage effectuées, délestées de 80 000 roupies de taxes, nous déambulons dans la salle d'embarquement après avoir avalé un rapide petit déjeuner. Un rat sème la panique auprès de quelques westerns peu habitués à les voir se promener dans un aéroport : ça amuse Gaëlle qui aurait aimé prendre ça en photo mais qui n'a pas été suffisamment réactive ! Le vol se déroule sans encombres, nous atterrissons une heure plus tard à l'aéroport de Makassar (Ujung Pandang).
A la récupération des bagages, Alex, un jeune type arborant un tshirt 'Toraja' engage la conversation, s'enquiert de notre destination et nous propose de le suivre : il prend aussi le bus pour Rantepao, il rentre dans sa famille pour les vacances, ferme sa boutique sur Bali pendant deux mois. Une navette nous emmène de l'aéroport à la station de bus pour 15 000 roupies mais en chemin elle croise le bus VIP que nous souhaitons prendre ; notre chauffeur lui fait signe d'arrêter : tous les trois, nous traversons la quatre voies avec nos sacs en vrac et grimpons dans le superbe autocar qui monte vers Rantepao et le pays Toraja. Quel luxe ! Pour 100000 roupies (8€), nous bénéficions d'un autocar récent avec des sièges semi-couchettes ; toutes les deux heures, il s'arrête dans un petit restaurant pour que l'on puisse se dégourdir les jambes. La route est étroite, le bus imposant, il roule prudemment. Puis devient sinueuse et grimpante, Gaëlle commence à avoir mal au coeur. Il est 19:30 quand nous arrivons, il fait nuit noire, nous sommes déposées à quelques pas du Pia's Poppies Hotel : nous avons de la chance, on peut nous donner la dernière chambre ! Une délicieuse petite salade de fruits en guise de diner, nous allons nous coucher sans demander notre reste.
Jeudi 5 mai
Concert de grenouilles hier au coucher, concert de coqs ce matin au réveil ! Chambre quelconque et un peu chère, pas d'eau chaude pour la douche, petit déjeuner en supplément, taxes à rajouter. Ce matin, nous rechercherons un autre hébergement plus en rapport avec nos attentes. Comme promis, Alex est là à 09:00 ; nous devons régler des problèmes de logistique sur internet et dans une agence de voyage : nous dépassons de deux, voire trois jours la date butoir de notre visa et allons devoir payer une pénalité de 25$ par jour ; par ailleurs, notre billet d'avion pour Kuala Lumpur part de Denpasar : nous envisageons maintenant d'acheter un vol Macassar/Kuala Lumpur en anticipant la date de départ, nous conformant à celle de notre visa ; Internet fonctionne mal ce matin et pour nous et pour l'agence de voyage, nous devons suspendre notre projet !
L'office du tourisme de Rantepao nous accueille tout à fait sympathiquement et nous donne une carte de la région.
Nous trouvons une auberge qui réunit tous les critères nous intéressant : le prix, la propreté, la situation géographique... On réserve notre chambre, on libère la précédente et on s'installe à la Wisma Maria 1.
Sur notre demande, Alex nous fait découvrir la cuisine locale : pas un occidental dans cette paillotte où deux plats sont proposés : l'un à base de poulet, l'autre à base de porc, le pa'piong : des morceaux de porc mélangés à différents légumes et cuits pendant plusieurs heures dans un tube de bambou sont servis avec du riz blanc... Bon... ok de temps en temps... si on pouvait espacer... on ne courra pas après !
Alex nous propose d'aller visiter son village, Ke'te Kesu, à quatre kilomètres d'ici. On s'y rend par bemo, taxi collectif pour 3000 roupies par personne, nous reviendrons à pied pour photographier les superbes rizières sur fond de montagnes. On arrête le bémo ad hoc dans une des rues de Rantepao, (facile, vous suivez Alex !) et un quart d'heure plus tard on arrive à ce beau village ; c'est son frère qui tient la première boutique, sa cousine la suivante et son oncle, la billetterie d'entrée ; on bénéficie d'un passe-droit : on ne paiera pas, ici, les 10 000 roupies demandées par les villages pour visiter leurs sites.
Le village traditionnel est composé de 10 très belles 'tongkonan' auxquelles font face autant de granges à riz traditionnelles. Les maisons sont remarquables par leur taille et leur toiture retroussée aux deux extrémités les fait ressembler aux cornes d'un buffle ; elles ne sont plus habitées en tout cas dans ce village : elles avaient été construites quand les Toraja vivaient de chasse et de pêche et qu'ils devaient se protéger des animaux ; les grandes maisons sur pilotis se composaient de trois pièces : celle du milieu, avec le foyer pour cuisiner, est la pièce de réception qui héberge aussi les visiteurs et de part et d'autre la chambre des parents et celle des enfants. Les Torajas ont abandonné leurs belles maisons pour vivre dans des maisons construites à proximité plus pratiques parce que de plain pied ; les maisons familiales servent dorénavant aux cérémonies, notamment funéraires. Elles sont toutes gravées de symboles, le nombre de cornes de buffle et leur taille atteste du statut de la famille ; trois classes dans la sociéte Toraja, les nobles, la classe moyenne et la basse classe et on ne se mélange pas ! Beaucoup de choses semblent codifiées. Le village de Ke'te Kesu est réputé pour sa gravure sur bois et c'est intéressant de voir que de jeunes garçons poursuivent le travail de leurs pères – pour les touristes, certes – mais on retrouve bien les mêmes symboles que ceux de leurs maisons...
Derrière le village, on accède au cimetière : de vieux cercueils accrochés à la falaise menacent de s'écraser à tout moment, d'autres sont empilés, à moitié détruits, les ossements sont visibles, voire exposés. Des crânes sont déposés ça et là !
Dans une petite grotte fermée, des 'tau tau' : les vols fréquents ont amené les villageois a protéger ces sculptures qui représentent le défunt : pas de photo pour se le rappeler, on sculpte son image, on l'habille de ses vêtements et on place cette effigie devant sa tombe creusée dans la falaise...
Dans des grottes troglodytes, d'autres cercueils en mauvais état et devant des offrandes : bouteilles de plastique et cannettes métalliques ont remplacé les anciens contenants en bambou ou feuilles de bananes : on a plus la vision d'un petit dépotoir que d'un lieu d'offrandes... il est interdit de reprendre ce qui a été offert nous explique-t-on : curieuse sensation ces bouteilles d'eau qui trainent là avec ces bottins téléphoniques. Des poubelles pour nos yeux, un sentiment partagé par les guides qui regrettent que les familles ne s'autorisent pas à se séparer de certaines offrandes : difficile de compter sur l'autodestruction de bouteilles plastique !
Avec la visite du site de Ke'te Kesu nous entrons rapidement et de plain pied dans la culture Toraja... Si les habitations délaissées et les vieux cercueils éventrés peuvent nous laisser croire que tout cela appartient au passé, nous allons vite nous rendre compte que beaucoup de traditions perdurent. Sur le chemin du retour, nous passons devant un atelier qui travaille à la construction du catafalque d'un notable : deux mois de travail, à deux, simplement pour le transport du cercueil : maison toraja en miniature, tous ses côtés seront gravés, tous les dessins seront symboliques. A l'entrée de Rantepao, c'est un atelier de cercueils que nous découvrons : plusieurs d'entre eux sont exposés, l'un tout simple, d'autres sculptés de tous les côtés...
Juste en face de l'hôtel, nous allons diner au Mart's Café repaire de tous les guides de la région, semble-t-il Nous sympathisons avec deux ou trois d'entre eux et passons une soirée très agréable avec notamment des jeunes femmes qui chantent accompagnées d'une guitare...
Nous, Sulawesi et Rantepao, on aime !
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