La première quitte son boulot, la seconde termine ses études de psychologie, plus ou pas encore d'appartement, ni voiture, ni autres charges, SDF de luxe, c'est le moment pour s'envoler ! Gaëlle, la fille, part dès janvier sur Bangkok, mi-février elle est rejointe en Birmanie par Evelyne, sa mere. Ensemble, elles traverserons le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, l'Indonésie, la Chine, puis avec le transibérien la Mongolie et la Russie. La France, Normandie pour l'une, Paris pour l'autre devrait être retrouvée fin juillet. Au cours de ce voyage, amies et famille les rejoindrons pour partager un bout de chemin et caqueter avec Félicie, la mascotte du voyage ; 5 mois pour l'une, 6 pour l'autre, des découvertes, des rencontres : une belle aventure mère-fille and co.

0905 : Ames sensibles : s'abstenir !


Lundi 9 mai 2011
Hier, nous n'avons pas résisté à la proposition de Fou de se joindre au groupe qu'il forme avec Max, un néerlandais et Marco et Mélanie, des allemands, pour assister à la première journée d'une cérémonie funéraire : ils ont loué les services d'Andy un guide éminent qui, par ailleurs, parle très bien français.
Nous partageons notre petit-déjeuner et les liens se tissent ; à 08:30, on grimpe dans un bémo pour aller (re)visiter Ke'te Kesu le village d'Alex, au demeurant l'oncle d'Andy. Nous redécouvrons ce lieu avec des compléments d'infos passionnants. Petit coucou à notre ami Alex dans sa boutique, nous reprenons un bémo pour aller sur les lieux de la cérémonie. La femme inhumée ce jour appartenait à la noblesse locale et dès l'arrivée on note que le 'standing' est autre : le lieu est vaste, les décorations plus recherchées et le cercueil qui trône au milieu du terrain est déposé dans un « corbillard » de très belle facture.
Andy nous présente au petit-fils de la défunte, décédée 5 mois auparavant. Il nous invite à prendre le thé et savourer quelques gâteaux. Nous lui offrons nos cadeaux : cigarettes, sucres et jeux pour les enfants.
On assiste à une succession de processions : un vieux monsieur en habit traditionnel suivi de deux jeunes gens somptueusement habillés et des invités qui viennent s'asseoir dans un espace dévolu. Des personnes habillées d'un meme tissu viennent leur servir du thé, du café et des gateaux secs. Les choses se précipitent, l'annonce est faite par « l'animateur des festivités », c'est l'heure d'un premier sacrifice... L'animal nous est présenté dans un premier tour de piste, un homme plante deux bouts de bois dans le sol, le buffle est ramené, attaché par une patte. La gorge est tranchée par un coup de poignard, il ne suffit pas, l'homme s'y reprend à trois fois : sa lame est trop petite ! Le buffle se cabre mais finit par s'effondrer, la gorge béante et sanguinolante. Commence une longue et certainement douloureuse agonie pour cette pauvre bête qui tente de se redresser plusieurs fois. C'est la tête rejetée en arrière, les cornes plantées dans le sol, qu'il trépassera. Brutal ! Andy lui-même en conviendra, ce sacrifice s'est mal passé...
L'animal mort ou presque, un long tissu, une sorte de ruban rouge part du cercueil et recouvre les femmes et les enfants de la famille qui viennent s'installer dessous ; les hommes soulèvent le 'corbillard' et commence une promenade en cortège dans le village... Quelle n'est pas notre suprise lorsqu'on les voient non seuleument soulever le cercueil mais le secouer dans tous les sens en poussant des cris de joie : que l'âme de la défunte s'envole et que la joie exulte ! Tout le monde rit, les rares occidentaux présents sont assez troublés ! Le cortège emmène le cercueil dans une clairière où il est déposé, un premier combat de buffles va y avoir lieu : 2 hommes courent face à face tirant leur buffle et s'écartent au dernier moment, mais la bataille entre les deux animaux ne prend pas : ils se reniflent et l'un d'eux se carapate à toutes jambes. Eclats de rire dans l'assemblée lorsque la chose se reproduit par trois fois, avec trois buffles différents ! Buffle peut être, mais pas stupide. La quatrième tentative semble la bonne, mais le combat n'est qu'effleuré, ils s'échappent tous les deux !
Après ce curieux voyage, le corbillard est ramené sur son point de départ, le corps du buffle sacrifié repose toujours au centre. Les hommes démontent le toit du corbillard pour extraire le cercueil qu'ils transporte sur le balcon de la maison principale ; il sont plus d'une dizaine à le hisser sur une échelle de bambou qui vacille un peu. Ce simple transfert du cercueil implique, pour Andy, qu'il y aura au moins 21 buffles tués pour cette cérémonie.
Le cercueil déposé, la photo de la dame positionnée dessus, commence sur le terrain le découpage du buffle. Sa peau et des morceaux sont vendus à l'assistance, les bénéfices iront à des oeuvres de bienfaisance ; la tête de l'animal sera donnée au côté paternel de la famille, le coeur à la partie maternelle (à moins que ce ne soit l'inverse !).
Andy propose de patienter quelque temps pour assister au véritable combat de buffles qui doit avoir lieu surtout pour observer, dans l'assistance, les paris dont ils font l'objet. Le maître de cérémonie annonce le prochain combat et invite les spectateurs à accepter collectivmenet que le risque d'accident étant présent, c'est à leur risque et péril qu'ils assistent à ce combat ! La foule manifeste son accord collectif... Mais d'autres invités se présentent, il faut les accueillir et le combat tarde... Nous décidons de partir ! On reprend la route, Andy nous invite chez lui. Il est très fier de nous montrer son « Ronaldino Junior » un buffle blanc à tâches noires, aux yeux bleus et aux cornes jaunes : encore jeune, il vaudra une petite fortune d'ici quelques années, l'équivalent de nos chevaux de courses dirait maman.
Andy se dit issu de la caste supérieure et surtout être le représentant de son village. Il possède quelques terres dans lesquels travaillent ses cousins d'une lignée moins « pure » que la sienne. On découvre l'antre de Juan Carlos comme il aime à s'appeler, une grande maison qu'il partage avec son frère qui travaille à l'étranger. Il revêt son vêtement d'apparat pour poser devant son grenier à riz.
Il nous amuse en nous racontant qu'il vit seul par choix. Issu d'un rang trop élevé de la société Toraja, il aurait du trouver une femme Toraja de même rang que lui, ce qui implique qu'en cas de décès dans la famille de sa femme, il aurait du prendre en charge les rites funéraires qui sont très dispendieux. Sachant que, de son côté, beaucoup sont déjà décédés, il ne trouvait pas juste la situation et préfère rester célibataire !
On visite une 'tongnoman' habitées par son cousin. Il grimpe jusqu'au grenier et nous présente le scalp d'un homme, esclave sacrifié pour les funérailles de l'un de ses ancêtres. Le sacrifice des buffles a remplacé celui des esclaves au début du XXème siècle avec la conversion des Toraja au christianisme. Au début des années 20, la grand mère d'Andy a décidé de faire ensevelir les têtes de quelque 300 esclaves conservées dans sa maison depuis plusieurs générations et de faire cesser ces sacrifices humains. Mais dans le fin fond de l'Indonésie, en 2003, alors qu'il était allé acheter des buffles, Andy a appris le sacrifice d'une douzaine d'esclaves pour les funérailles d'un chef de clan !
Après toute ces émotions, nous rentrons à pied jusqu'à notre hôtel en transitant par Rante Karassik le champ des rituels pour la classe noble : des pierres de type menhirs y sont dispersées.
Max qui a pris une photo de la soeur de la défunte, souhaite la lui faire imprimer et lui offrir. 15000 roupies avec le cadre, une jolie attention !
On propose au groupe d'aller diner au restaurant d'en face, au moment de sortir, nous croisons Barbara, une néerlandaise rencontrée durant la cérémonie et qui s'avère occuper la chambre d'à côté, nous l'invitons à se joindre à nous, tout comme un couple de canadiens avec qui nous discutons lors de nos petits-dej. Nous sommes dix autour de la table et l'ambiance est excellente. Pas de chanson pour ce soir, nous nous suffisons !
En rentrant, Max et moi partageons les photos de la journée et regardons à nouveau les vidéos prises : il a filmé l'intégralité du sacrifice... Et a revoir ces images, nous les trouvons beaucoup plus difficiles que l'instant nous a semblé... Néanmoins, creuvée, aucun de nous ne fera de cauchemard cette nuit là !


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