La première quitte son boulot, la seconde termine ses études de psychologie, plus ou pas encore d'appartement, ni voiture, ni autres charges, SDF de luxe, c'est le moment pour s'envoler ! Gaëlle, la fille, part dès janvier sur Bangkok, mi-février elle est rejointe en Birmanie par Evelyne, sa mere. Ensemble, elles traverserons le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, l'Indonésie, la Chine, puis avec le transibérien la Mongolie et la Russie. La France, Normandie pour l'une, Paris pour l'autre devrait être retrouvée fin juillet. Au cours de ce voyage, amies et famille les rejoindrons pour partager un bout de chemin et caqueter avec Félicie, la mascotte du voyage ; 5 mois pour l'une, 6 pour l'autre, des découvertes, des rencontres : une belle aventure mère-fille and co.

2204 : Kawah Ijen, il(s) souffre(nt) pour du sucre

Vendredi 22 avril
03h30 du matin, les réveils sonnent dans les chambrettes ; une demi-heure plus tard, les huit passagers du minivan se retrouvent sur la terrasse de l'auberge un peu troublés par le petit déjeuner proposé : le thé et le café à discrétion – nous sommes dans une plantation – sont accompagnés d'une assiette remplie d'oeufs durs et de sandwiches de pain de mie industriel tartinés d'un beurre tout aussi industriel recouvert de granulés de chocolat... Spécial mais comme pour le dîner de la veille, pas d'alternative à cette curieuse proposition !

On règle à la réception, un droit d'entrée au site de 25 000 roupies par personne et 30 000 roupies par appareil photo ! Personne ne veut comprendre notre interrogation sur le bénéficiaire de ces droits : une fois de plus, nous avons le sentiment d'être pris dans une mafia touristique qui ne cesse d'arnaquer !

Le soleil se lève sur une forêt tropicale où alternent les plantations de thé et de café avec en fond une chaine de volcans. Il est 6 heures quand notre chauffeur nous dépose sur un parking : nous disposons de trois heures pour faire l'ascension du Kawah Ijen. Ce volcan, que Nicolas Hulot a fait connaître, produit du soufre que quelque 300 ramasseurs viennent collecter à la main avec un foulard en coton sur le nez pour seule protection contre ses émanations. Ils mettent près de 6 heures pour rapporter, sur le dos, des charges de 60 à 80 kg. Le souffre est utilisé pour des cosmétiques, des médicaments, des engrais, des insecticides et le raffinage du sucre... et pour ce faire ils gagnent environ 250 roupies par kilo : ils peuvent espérer gagner 30 à 40 000 roupies par jour (3€) ce qui est très bien payé par rapport au salaire moyen.

Nous mettons près d'une heure pour grimper à 2148 mètres d'altitude, nous croisons deux ou trois porteurs ; c'est un jour de fête, ils ne sont pas nombreux à travailler aujourd'hui : la dizaine d'hommes rencontrés stocke ses chargements à mi-parcours, sur leur campement. Au bord du cratère, la vue est superbe : un somptueux lac de souffre turquoise entouré de parois abruptes. Si Gaëlle préfère rester au sommet à discuter avec un français rencontré durant la montée, Evelyne descend jusqu'au fond et ressent les vapeurs suffocantes…

Surprenant, bien que respirant ces effluves tous les jours, il paraît que très peu de travailleurs ont des problèmes de santé, un homme de 72 ans continurait de faire l'aller retour tous les jours ! Cette randonnée reste belle et impressionnante... Sur le chemin du retour, le brouillard envahit le cratère et une petite pluie fine se met à tomber. Nous croisons des écoliers qui ramassent les détritus laissés par les visiteurs, le petit chemin est agréable et très propre.

Rejoindre la route principale n'est pas une sinécure : comme celle de la veille, elle est défoncée par les eaux de pluie... La voiture roule au pas, la chaussée alterne bitume, nids de poules et pierres brutes...

Nous arrivons néanmoins à temps pour prendre le ferry de 13 heures : le bus local - que nous avons du payer trois ou quatre fois son prix - réservé par notre agence grimpe sur le bateau. Comme tout le monde, nous achetons un plat tout préparé à des vendeurs ambulants pour le déjeuner ; nous passerons 5 heures dans ce bus : le déblaiement d'un autocar renversé dans le fossé crée un énorme bouchon qui nous retarde de plus d'une heure...

Un contre temps qui inquiète Gaëlle car nous devons retrouver Cécile, une amie qui nous rejoins pour 10 jours et qui attéri cet après-midi à Bali... Nous parvenons à contacter la réception du Suka Beach Inn, l'hôtel préalablement choisi, pour reserver une chambre triple d'une part et d'autre part pour qu'il préviennent Cécile de notre arrivée tardive...
A 18 heures nous sommes à Denpasar : 5 passagers souhaitent se rendre à Kuta ce qui est plus facile pour négocier un bémo : 15 000 roupies par personne, c'est parti.
A notre arrivée, pas le temps de s'inquiéter, Cécile se dirige vers la réception : arrimage réussi ! Nous sommes à Bali, elle est arrivée de Paris à 14h et reste jusqu'au 1er mai en notre compagnie !


3 commentaires:

  1. "Surprenant, bien que respirant ces effluves tous les jours, il paraît que très peu de travailleurs ont des problèmes de santé"
    Désolé les filles mais j'ai récemment vu un docu qui affirme le contraire, visite au dispensaire et radios pourries à l'appui....

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  2. Même Gaëlle n'avait pas osé réagir à ma réflexion si politiquement incorrecte : elle pensait que je remontais l'information de la source, du fond du cratère !
    Que ce soit toi qui le fasse n'est pas étonnant et je suis ravie d'avoir au moins une réaction. En fait jusqu'à peu, je tenais la même position que toi, par ailleurs celle du Guide du Routard, tant ça allait de soi que ces mecs ne pouvaient qu'avoir les poumons cramés. Et puis à Bali, j'ai eu en main le « lonely planet Indonésie » qui écrit dans un encart page 257 : « Bizarrement, ce travail exténuant et très mal payé (environ 600 rp le kilo) maintient les ramasseurs dans une forme physique exceptionnelle : bien que respirant du soufre quasiment tous les jours, très peu ont des problèmes de santé. Un homme de 72 ans continue de monter à l'Ijen quasiment tous les jours ; les villageois le surnomment le centurion ! »
    Evidemment grosse surprise à cette lecture mais un doute intéressant s'insinue : quand nous, touristes de passage, nous croisons ces hommes sur le chemin, nous avons une attitude très ambiguë, très compationnelle sur ces pauvres types qui ne savent pas ce qu'ils font et qui perdent leur vie à vouloir la gagner ! Et si au contraire, ils savaient, par expérience – j'ai croisé des hommes qui avaient dépassé la cinquantaire - ne pas prendre de risques excessifs. Si on commençait à les considérer non pas comme de pauvres mecs n'ayant pas d'alternative mais comme des hommes ayant fait des choix réfléchis ! Il me semble qu'il faut arrêter avec notre condescendance un rien méprisante ; la dignité passe par ce regard d'égal à égal, à hauteur d'homme !
    Je ne sais pas qui a réalisé le reportage auquel tu fais référence mais face à la télévision j'aime me demander « qui dit quoi à qui et pourquoi ? ». J'ai aussi vu beaucoup de ces hommes fumer, peut être que certains clichés font plus référence à ce problème... Va savoir !
    En tout cas, j'aime pouvoir douter et perdre quelques certitudes au risque d'être politiquement incorrecte...
    Bisous à toi
    Evelyne

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  3. Ahhh je te reconnais bien là b.m Evelyne, ce côté don Quichotte près à enfourcher sa monture pour défendre la veuve et l'opprimé...et combattre de la sorte des moulins...En effet et je suis d'accord avec toi, ces bons gars ont le droit de décider de leur destinée. De là à ce que leur choix soit basé sur la volonté et la réflexion je suis plus dubitatif...mais bon tu diras que c'est une reflexion d'européen bien nourri? en ce qui concerne la compassion et la condescendance c'est Ta traduction de mon propos qui n'engage que toi.Pour le lonely, libre à eux de considérer que le fait de faire un effort violent (grimper des pans abruptes avec une charge de 50 à 80 kgs) en respirant des vapeurs de soufre ( ayant parait-il l'innocuité du chanel 5...)non là faut arrêter les psychotropes...Je n'ai pas beaucoup de certitudes mais l'angélisme à ses limites...Allez bisous les filles et comme on dit dans le berry "take care" et ouvrez l'oeil...

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